Rechercher
  • Sophia Berrada

Le Liseur, de Bernhard Schlink

Quand il rencontre Hanna et devient son amant, Michaël a quinze ans, et elle en a trente-cinq. Pendant six mois, il s’abandonne tout entier à cette femme franchement mystérieuse. Leurs rendez-vous sont réglés comme du papier à musique : la lecture à voix haute, le bain, l’amour, l’étendue dans le pieu.


Un jour, et sans piper mot, Hanna disparaît.


C’est à la cour d’assise qu’ils vont se revoir. Michaël est étudiant en droit, il s’y rend pour un travail universitaire. Hanna est sur le banc des accusés.


Avec ce récit partiellement autobiographique, publié en 1995, Bernhard Schlink nous livre une histoire d’amour singulière, puisque la honte et la culpabilité s’ajoutent au cocktail narratif.


Michaël, lorsqu’il découvre le crime dont Hanna doit répondre devant la justice, est quelque part à la frontière entre le dégoût et le désir. Il a une conscience aiguë de ce désir, le dégoût (de l’autre, de lui-même) qui en découle est colossal.


« Pourquoi ? Pourquoi ce qui était beau nous paraît-il rétrospectivement détérioré parce que cela dissimulait de vilaines vérités ? Pourquoi le souvenir d’années de mariage heureux est-il gâché lorsque l’on découvre que, pendant tout ce temps-là, l’autre avait un amant ? Parce qu’on ne saurait être heureux dans une situation pareille ? Mais on était heureux ! » (Chapitre 9)


À travers l’histoire de Michaël, Bernhard Schlink raconte aussi le malaise de toute sa génération, née en Allemagne juste après la Seconde Guerre mondiale. La génération de la honte, comme on le lit parfois, coincée entre le marteau de l’amour et l’enclume de la culpabilité. Que ressentir quand ses parents, ses voisins, ses professeurs, ses collègues, pour qui on a une véritable affection se révèlent avoir un passé nazi ?


Dans une interview donnée au Monde le 22 février 2007, l’auteur témoigne : « si les nazis avaient été des monstres, il n'y aurait pas de problème. Le monde serait intelligible. C'est précisément parce qu'ils n'étaient pas que des monstres que ce qui s'est passé reste pour nous opaque et angoissant. »


Un roman captivant, dérangeant et éclairant. Une main tendue pour réfléchir à l’Histoire, à la transmission et à l’éthique.




Le Liseur est posé sur mon étagère entre Le voile de Téhéran de Parinoush Saniee (Massoumeh est une jeune femme iranienne, rêvant de faire des études, mariée de force après que ses frères ont découvert son amoureux secret - bouleversant) et Cortex d’Ann Scott (un attentat survient lors de la cérémonie des Oscars, trois personnages en pleine introspection, et une jolie réflexion sur notre rapport aux célébrités - décoiffant)



32 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout