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  • Sophia Berrada

Le vicomte pourfendu, d'Italo Calvino

Le vicomte Medardo di Terralba est parti faire la guerre contre les Turcs, et le malheureux ignorait qu’on n’aborde jamais les canons de face, mais toujours de côté ou par la culasse.


Quand les infirmiers récupèrent les blessés sur le champ de bataille, ils découvrent la moitié droite du corps du vicomte, tranchée nette par le boulet de canon dont il a été le réceptacle.


Une fois soigné, bricolé, remis sur pied, le demi-Medardo, qui est devenu le mal incarné, retourne au château de Terralba où il sème l’épouvante parmi les villageois. Il s'adonne notamment à la découpe en deux de tout ce (et tous ceux) qui lui tombe sous la main.


Quelque temps plus tard, c’est sa moitié gauche qui refait surface. Elle fait preuve d’un angélisme et d’une bonté totales. Les deux moitiés du même homme s’insupportent l’une l’autre, et rendent dingues tous les habitants à grands coups de situations rocambolesques.


L'histoire de ce vicomte littéralement pourfendu nous est contée par la voix de son neveu, personnage qui brille tant par sa naïveté et que par sa sympathie. Au fil du récit nous rencontrons une flopée de personnages loufoques d'une drôlerie délicieuse : la nourrice du château qui sera exilée au village des lépreux, un médecin apeuré des maladies, un charpentier forcé d'appliquer son génie à produire d'abominables machines, une bergère au caractère bien trempé que les deux moitiés de Medardo aimeraient épouser, et bien d'autres.


La facétie de l'écriture n'empêche pas l'auteur de poser des interrogations morales. Le contraste entre le Bon incarné et le Mal absolu, chacun fourbi d'excès, montre combien les conséquences de leurs actes respectifs sont toutes aussi délétères l'une que l'autre.


Dans le petit À propos clôturant l'ouvrage, Italo Calvino écrit : "Je crois que l'amusement est une véritable fonction sociale, cela correspond à ma morale. Quelqu'un a acheté le livre, a payé avec ses sous, a investi de son temps, il doit s'amuser."


Italo Calvino est un romancer italien né en 1923 et mort en 1985. Il a été l'une des figures marquantes de l'OuLiPo, club d'auteurs et d'autrices malicieux qui s'emploient à écrire sous de ludiques contraintes mathématiques et/ou littéraires. Le vicomte pourfendu est le premier roman d'un cycle de trois nommé "Nos Ancêtres". Les noms des deux volets suivants, Le baron perché et Le chevalier inexistant, sont des promesses extrêmement enthousiasmantes.


Le vicomte pourfendu est posé entre Une trop bruyante solitude de l'auteur tchèque Bohumil Hrabal, un récit d'une beauté inouïe sur la solitude d'un homme qui broie du papier au fond d'une cave humide et vénère la littérature, et Le baron perché d'Italo Calvino, deuxième volet de la présente trilogie et futur prétendant dans la liste de mes lectures.

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