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  • Sophia Berrada

Rien ne s'oppose à la nuit, de Delphine de Vigan

Mis à jour : 7 nov. 2020

La femme dans le col roulé noir, logeant sur la couverture, est la mère de l’autrice Delphine de Vigan.


Georges et Liane ont eu 9 enfants : Lisbeth, Barthélémy, Lucile, Antonin, Jean-Marc, Milo, Justine, Violette et Tom. C’est une tribu unie, généreuse et flamboyante. Mais sous ce vernis lumineux se cache une noirceur insupportable : les drames se succèdent et rongent les membres de cette famille.


Lucile est une jolie petite fille qui fait des photos de mannequin pour arrondir les fins de mois de ses parents. En grandissant, elle se mure dans le silence, et peine à supporter le réel avec lequel elle est toujours en décalage. Au fil des crises d’angoisses tétanisantes ou euphorisantes, on lui diagnostique des troubles bipolaires.


A la mort de Lucile, Delphine de Vigan décide d’enquêter sur les liens complexes qui se sont tissés dans sa famille, d’en décortiquer les secrets et les traumatismes, pour esquisser le portrait de cette mère singulière.


« Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence. »


Dans rien ne s’oppose à la nuit, on devine comme une toile d’araignée invisible dans laquelle les membres de la famille sont faits prisonniers. Ils la voient, la sentent ou la pressentent, mais n’en parlent pas : elle est vécue dans l’indicible, le non-dit et le secret.


En parallèle, l’autrice mène une réflexion sur la vérité littéraire. Le jugement peut-il jamais être conforme à la réalité ? Comment les souvenirs d’un même événement peuvent-ils être si différents, voire incompatibles ? Que faire des questions sans réponse ?


« Sans doute avais-je espéré que, de cette étrange matière, se dégagerait une vérité. Mais la vérité n’existait pas. Je n’avais que des morceaux épars et le fait même de les ordonner constituait déjà une fiction. Quoi que j’écrive, je serais dans la fable. »


C’est un récit éprouvant par moments, et courageux, certainement. Voilà plusieurs semaines que j’ai terminé ce roman. Et alors que j’espérais laisser se décanter ma tambouille émotionnelle pour écrire cette chronique avec recul, je continue à en être toute chamboulée.


Rien ne s’oppose à la nuit est posé sur mon étagère de vacances entre Station Eleven d’Emily St John Mandel (l’humanité est décimée par un virus foudroyant, une troupe de comédiens nomade joue du Shakespeare aux communautés survivantes et leur redonne de l’espoir - inspirant et pas cafardant comme on pourrait le penser) et Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer (Oskar est un petit garçon hypersensible qui parcourt New-York pour résoudre ce qu’il pense être la dernière énigme lancée par son père, mort dans l’attentat du World Trade Center - poignant).



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